Déclaration d'Abidjan pour le développement de la chirurgie cardiaque à cœur ouvert en Afrique Sub-Saharienne (2019)

Déclaration d'Abidjan pour le développement de la chirurgie cardiaque à cœur ouvert en Afrique Sub-Saharienne (2019)

Résumé : Adoptée lors de la première conférence internationale de la Société ivoirienne des chirurgiens thoraciques et cardio-vasculaires à Abidjan (Côte d'Ivoire). Elle alerte sur le fait que 1,3 million d'enfants par an en Afrique sub-saharienne ne peuvent accéder à une chirurgie cardiaque, menant à une mortalité prématurée. Elle propose des principes généraux et recommandations pour un développement durable : formation locale, partenariats Nord-Sud, financement public et intégration aux Objectifs de Développement Durable (ODD) de l'ONU (baisse de 25 % de la mortalité infantile, accessibilité accrue de 30 %). Elle appelle les décideurs politiques à mobiliser des budgets nationaux.
Contexte : Issue de l'Association Africaine des Chirurgiens Thoraciques et Cardio-Vasculaires (AACTCV) et de la Société Française de Cardiologie. Elle met l'accent sur l'impact social et économique.
 
DÉCLARATION DES CHIRURGIENS THORACIQUES ET CARDIO-VASCULAIRES D’AFRIQUE SUBSAHARIENNE

(Abidjan, 8–10 mai 2019)
Congrès de la SICTCV – Société Ivoirienne des Chirurgiens Thoraciques et Cardio-Vasculaires

Préambule

En Afrique subsaharienne, des centaines de milliers d’enfants souffrant de cardiopathies congénitales ou acquises n’ont pas accès à la chirurgie à cœur ouvert. Faute de prise en charge, leur état se dégrade progressivement, conduisant trop souvent à une mort prématurée évitable.

Du 8 au 10 mai 2019, s’est tenu à Abidjan le Premier Congrès International de la Société Ivoirienne des Chirurgiens Thoraciques et Cardio-vasculaires (SICTCV), avec la participation de chefs de service venus d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale.
Le thème principal était :

« Chirurgie thoracique et cardiovasculaire en Côte d’Ivoire de 1977 à 2018 : Avancées et perspectives »

Les objectifs du congrès étaient :

  • partager 40 années d’expérience ivoirienne avec les chirurgiens africains ;
  • analyser les défis actuels de la chirurgie thoracique et cardiaque ;
  • poser les bases d’un partenariat Sud-Sud durable ;
  • formuler des recommandations adressées aux gouvernements et aux décideurs du secteur de la santé.

Une table ronde organisée le 10 mai 2019 a porté sur le thème :
« Chirurgie cardiaque à cœur ouvert en Afrique subsaharienne : état des lieux, difficultés, solutions et recommandations ».

Participants

Chirurgiens, cardiologues, biologistes, anesthésistes-réanimateurs, kinésithérapeutes, administrateurs hospitaliers.

Constats et contributions des pays représentés

1. Mauritanie – Pr Khaled Ould Boye

  • Historique de la chirurgie cardiaque depuis 2012.
  • Bonnes performances sur les premiers patients opérés.
  • Difficultés :
    • absence de couverture universelle ;
    • coût très élevé de la chirurgie ;
    • approvisionnement difficile en consommables.

2. Sénégal – Pr Mouhamadou Ndiaye

  • Progrès notables :
    • unité de chirurgie cardiaque adulte ;
    • centre de cardiopédiatrie ;
    • unité de recherche avec animalerie.
  • Défis :
    • pénurie de personnel ;
    • coût des consommables ;
    • financement insuffisant.
  • Solutions proposées :
    • fabrication et acquisition locale de kits de chirurgie cardiaque ;
    • organisation de marchés groupés entre pays africains ;
    • définition de tarifs forfaitaires nationaux.

3. Congo-Brazzaville – Dr Reddy Atipo-Galloye

  • Besoin urgent de personnel qualifié (chirurgiens, perfusionnistes, anesthésistes…).
  • Manque de consommables.
  • Recommandations :
    • création d’une Union Africaine de Chirurgie Cardiaque ;
    • coopération Sud-Sud renforcée.
  • Plus de 600 patients en attente.

4. Burkina Faso – Dr Adama Sawadogo (Pr Bonkoungou représenté)

  • Première chirurgie à cœur ouvert réalisée avec succès deux semaines avant le congrès.
  • Construction d’un hôpital dédié.
  • Défis : financement, ressources humaines, coopération interafricaine, soutien politique.

5. Professeur Mohamed Ly – Chirurgie cardiaque pédiatrique

  • Importance stratégique des Centres d’Excellence pour mutualiser compétences et moyens.

6. Côte d'Ivoire – Professeur Rémi Séka

  • Recommande une commande globale régionale des consommables pour réduire drastiquement les coûts.

7. Bénin – Dr Wilfried Gandji

Trois priorités essentielles :

  1. Formation du personnel médical et paramédical ;
  2. Création d'infrastructures modernes ;
  3. Financement durable.

Appel à la solidarité scientifique africaine.

8. Professeur Koffi Hervé Yangni-Angaté (Côte d’Ivoire)

  • Souligne la similitude des défis rencontrés dans tous les pays subsahariens ;
  • Nécessité urgente de recommandations politiques.

Données scientifiques majeures rappelées

  • Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité dans le monde.
  • 17,7 millions de décès annuels (31 % de la mortalité mondiale).
  • 75 % des décès surviennent dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.
  • L’Afrique subsaharienne présente la prévalence la plus élevée au monde des maladies cardiaques rhumatismales chez l’enfant (5,7/1000).
  • 1 million d’enfants africains souffrent d’une valvulopathie rhumatismale.
  • Entre 200 000 et 470 000 nouveaux cas par an.
  • 12,5 à 20 % de mortalité chez les enfants non opérés.
  • 1,5 million d’opérations à cœur ouvert sont réalisées dans le monde chaque année…
    contre 18 par million d’habitants en Afrique.
  • Unité de comparaison :
    • 1 centre pour 120 000 habitants aux USA,
    • 1 centre pour 33 millions en Afrique.
  • Coût économique colossal :
    • 3,7 trillions USD (2011–2015) pour les pays à faibles et moyens revenus ;
    • 9 billions USD estimés pour l’Afrique subsaharienne.

RECOMMANDATIONS ADRESSÉES AUX GOUVERNEMENTS

A. Ressources humaines

Par centre de chirurgie cardiaque :

  • 2 chirurgiens cardiovasculaires ;
  • 4 anesthésistes-réanimateurs ;
  • 2 infirmiers anesthésistes ;
  • 2 perfusionnistes ;
  • 1 kinésithérapeute ;
  • 1 inhalothérapeute.

B. Consommables, médicaments et équipements

  • Autoriser l'utilisation de kits de chirurgie cardiaque.
  • Approvisionnement par centrales d’achat spécialisées.
  • Achats groupés inter-pays des consommables.
  • Détaxe totale sur : consommables, médicaments, équipements biomédicaux et d’imagerie.

C. Infrastructures

Construire au moins un centre de chirurgie cardiaque à cœur ouvert par pays, comprenant :

  • consultations externes ;
  • unité de cardiologie (30 lits) ;
  • USI médicales et chirurgicales (10 lits) ;
  • 15 lits d’hospitalisation chirurgicale ;
  • unité d’imagerie (hémodynamie complète + 2 salles d’échographie Doppler) ;
  • laboratoire et pharmacie ;
  • bloc opératoire avec 2 salles et 2 machines cœur-poumons.

D. Financement

  • Couverture maladie universelle pour tous les patients – priorité aux enfants 0–15 ans.
  • 2 % des fonds de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) dédiés à la chirurgie cardiaque.
  • 0,1 % du budget national affecté au fonctionnement des centres.
  • Minimum 200 interventions par an et par centre.
  • Cadre légal et réglementaire spécifique.

ENGAGEMENTS DES CHIRURGIENS AFRICAINS

Nous, Chirurgiens Thoraciques et Cardio-Vasculaires, décidons de :

  • mutualiser nos compétences ;
  • créer des diplômes spécialisés dans nos pays ;
  • mettre en place animaleries et centres de simulation ;
  • instaurer des unités de recherche cardiovasculaire ;
  • développer la coopération Sud-Sud ;
  • créer une société savante nationale dans chaque pays ;
  • organiser des rencontres annuelles ;
  • établir un registre africain commun ;
  • créer une Commission de Suivi et d’Évaluation.

Nous encourageons :

  • les banques de développement,
  • les industries biomédicales,
  • les fondations et donateurs,
  • les ONG humanitaires,

à soutenir la chirurgie cardiaque en Afrique.

IMPACTS ATTENDUS

Objectifs sociaux et sanitaires

  • contribuer à l’Objectif 3 de l’Agenda 2063 et aux ODD ;
  • réduire la mortalité néonatale et infantile de 25 % ;
  • améliorer l’accès des populations rurales et urbaines à la chirurgie cardiaque de 30 %.

Objectifs économiques

  • réduire d’au moins 25 % les dépenses d’évacuations sanitaires ;
  • réduire de 75 % les évacuations pour chirurgie cardiaque à cœur ouvert ;
  • économies majeures pour les États (coût moyen : 20 000–40 000 € par patient évacué).

SIGNATAIRES

  • Pr Koffi Hervé Yangni-Angaté (Côte d’Ivoire)
  • Pr Yves Tanauh (Côte d’Ivoire)
  • Pr Mouhamadou Ndiaye (Sénégal)
  • Pr Agrégé Khaled Ould Boye (Mauritanie)
  • Dr Reddy Atipo-Galloye (Congo-Brazzaville)
  • Dr Adama Sawadogo (Burkina Faso)
  • Dr Wilfried Gandji (Bénin)
  • Pr Gilbert Bonkoungou (Burkina Faso)
  • Pr Bernadette Ngo Nonga (Cameroun)
  • Pr Flavien Kendja (Côte d’Ivoire)
  • Pr Agrégé Blaise Demine (Côte d’Ivoire)
  • Pr Agrégé Aimé Kirioua-Kaménan (Côte d’Ivoire)
  • Dr Raphaël Ouédé (Côte d’Ivoire)
  • Dr Ambroise Gnaba (Côte d’Ivoire)

 

Déclaration d'Abidjan actualisée pour le financement et la durabilité de la chirurgie cardiaque (2022)

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